10/12/2009

27-28 septembre - La poussée sommitale (Détails)


Alors je suis maintenant à l'extérieur de ma tente vers les 22h00 le 27 septembre à attendre que les norvégiens soient finalement prêts à y aller. Des 3, seuls 2 tenteront l'ascension puisqu'il y en a un qui souffre de "Snow blindness".


Nous nous élançons vers le sommet et j'ai retrouvé une certaine vigueur. Les premières heures se passent bien, au point où je commence à me dire que je devrais vérifier le record de l'ascension la plus rapide du Cho Oyu. Nous passons rapidement le camp 3 (7 600 mètres). C'est encourageant de progresser à une vitesse de croisière fort respectable.


Alors que je franchis la barre des 8 000 mètres aux petites heures du matin, je me dis qu'il me reste moins de 200 mètres à parcourir pour atteindre le sommet. Ce serait presque un miracle avec tout ce que j'ai vécu dans le dernier mois. Au moment où ses pensées traversent mon esprit, je ressens soudainement une panoplie de symptômes. Je suis étourdi, complètement déboussolé!! J'ai de la difficulté à maintenir mon équilibre, ma vision est trouble et j'ai mal à la tête. Je suis là, assis dans la neige, et je tente de comprendre ce qui m'arrive. Je revise en vitesse mon livre "Medicine for mountaineering" et je conclus que ça pourrait être des symptômes d'un début d'oedème cérébral. Dans une telle situation, la seule chose à faire, c'est de descendre le plus rapidement possible à une altitude inférieure à 6 000 mètres.


Alors je réfléchis et j'attends dans l'espoir que la situation s'améliore. Je prends un diamox, je bois du thé et j'augmente même le taux d'oxygène. Rien à faire!!! Je me pose alors 2 questions cruciales:

1- Est-ce que j'ai des chances d'atteindre le sommet dans cet état?

Réponse: Probablement!!!


2- Si je poursuis ma route vers le sommet, est-ce que je serai en mesure de redescendre avec tous mes morceaux?

Réponse: Je suis loin d'en être certain!!!


C'est à ce moment que les images se sont défilés à un rythme infernal dans ma tête. J'ai repensé aux promesses faites aux personnes qui me sont chères. J'ai vu les visages souriants de toutes ces personnes que j'aime profondément. Je me suis rappelé à quel point j'aime être dans les montagnes, j'adore l'exaltation que procure l'atteinte d'un haut sommet avec les paysages magnifiques que je peux observer et le sentiment de réalisation que je ressens dans tout mon être ... mais je viens rapidement à la conclusion que j'aime la vie encore plus, que de pouvoir revoir ne serait-ce qu'un seul sourire de mes parents, serrer mes soeurs dans mes bras ainsi que mon amie de coeur, de passer du bon temps avec mes meilleurs amis, regarder un coucher de soleil sur mon quai ou encore d'entendre le rire de mon petit filleul de 3 ans ... un seul de ces moments vaut tous les sommets de la terre.


Les larmes aux yeux, je choisis la vie!!! Mon rêve pourra attendre puisque je suis certain que cette montagne turquoise saura m'attendre encore quelques années. Je jette un coup d'oeil vers le ciel et je souris en regardant les millions d'étoiles!!! Je suis triste de devoir renoncer à mon rêve après toutes ces heures d'entrainement, les milliers de dollars dépensés, les vacances durement accumulées ... mais en même temps je souris parce que je sais que je fais le bon choix, mon coeur prend toute la place et ca fait du bien.


La descente est particulièrement stressante puisque je ne contrôle pas tous mes mouvements. Je m'accroche fermement à mon piolet au cas où je trébuche et que je doive arrêter ma chute. Aux endroits où il y a des cordes fixes, je m'efforce à faire mon noeud « prussik ». J'en profite pour former Nima Gombu qui m'accompagne sur la descente. Comme beaucoup de sherpas, même si Nima a beaucoup d'expérience, disons que les différentes techniques pour faire face à des situations d'urgence sont loin d'être acquises. Mais bon, la descente se passe bien dans les circonstances.


J'atteinds le camp 2 vers les 6h00 et après m'être réchauffé les orteilles pendant quelques minutes, je me dirige seul vers le camp de base. Cette fois, j'ai tout mon équipement sur le dos alors l'effort est beaucoup plus intense même si je me dirige vers le bas de la montagne. Au bout de 2 heures, j'atteinds le camp 1. Je me repose quelques instants, je rassemble mes dernières affaires et je poursuis ma route vers le camp de base.


Je mets 3 heures à franchir le dernier droit. En arrivant au camp de base, je trouve un médecin espagnol qui me confirme mon diagnostic et me rassure en me disant que j'ai pris la bonne décision.


Je retrouve Pemba qui se sent mieux maintenant et qui m'informe que nous avons une opportunité de nous joindre à 2 grimpeurs américains pour l'expédition au Shishapangma (8 012 mètres). En fait, l'entente c'est que nous partagerons les mêmes installations au camp de base. Le seul hic, nous devons partir le lendemain. Je prends donc quelques instants pour m'étirer, faire mes sacs et bien sûr me reposer.