9/20/2009

18-20 septembre - Retour sur la route de l'Everest


Alors comme je m'attends à avoir mon passeport lundi le 21 septembre, je pars dans la région du Khumbu. Je me lève aux petites heures pour prendre le vol de 6h15 en direction de Lukla. À mon arrivée, je me mets immédiatement en route. Disons que j'attire beaucoup les regards puisque je suis un étranger seul qui porte lui-même son sac à dos. Habituellement, les randonneurs sont accompagnés d'un guide et très souvent de porteurs qui transportent les bagages.


Comme l'année dernière, je suis vraiment impressionné par les porteurs qui doivent bien transporter parfois jusqu'à 200 livres ou même plus sur le dos. Au bout de 5 heures, je suis déjà à Namche Bazard. J'appelle à ce moment Dawa Sherpa pour savoir, si par miracle, l'ambassade de chine avait finalement acceptée d'émettre un visa sur mon passeport temporaire. Un peu surpris de me savoir déjà dans ce village, il me demande de le rappeler en soirée. Je décide donc de poursuivre ma route en direction du Gokyo avec l'intention d'atteindre son sommet le lendemain.


Après un autre 3 heures de marche, je suis rendu à proximité du village Dole et je décide d'y passer la nuit. Ma chambre est tellement petite, un lit simple avec tout juste la place pour marcher sur le côté. Après avoir englouti rapidement mon souper, le proprio de l'endroit me permet d'utiliser son cellulaire pour appeler Dawa Sherpa. MIRACLE!!! Il recevra vendredi vers 20h00 mon visa pour entrer au Tibet. Je résiste à la tentation de ne pas retourner le soir même à Lukla pour prendre le premier vol le lendemain matin. Je serai sage et j'attendrai le lendemain avant de défaire mon chemin. Adieu le Gokyo donc!!! Mais c'est pour la plus belle raison qui soit, me diriger vers le Cho Oyu.


Le lendemain, je m'en retourne donc vers Lukla. En chemin, je trouve le moyen de m'assurer que j'aurai une place à bord du premier avion. J'appelle également Dawa pour que Pemba et le chauffeur chargé de nous transporter vers la frontière m'attendent à l'aéroport. Dawa me demande alors de contacter Pemba puisqu'une mauvaise nouvelle m'attend. Je n'arrive pas à le joindre avant mon arrivée à Lukla. C'est à ce moment que j'apprends que son bébé de 3 semaines est entré d'urgence à l'hôpital. Il me demande de retarder notre départ de 24 heures.


Après avoir attendu ce bout de papier pendant 3 semaines, je ne vous cacherai pas mon empressement à vouloir me diriger vers le Tibet le plus rapidement possible. Je ne me fais pas d'histoire non plus, je sais très bien que chaque jour et même chaque heure prend toute son importance. Comme je regarde cette situation avec mon coeur, j'accepte sans hésitation de reporter notre départ. Après tout, la famille c'est drôlement plus important qu'un sommet! Cette petite âme pure doit absolument avoir son papa à son chevet pour se remettre sur pied rapidement.


Je décide donc de profiter de ma journée à Katmandu pour préparer les prochains jours. Je m'empresse de faire tout ce que je peux réaliser rapidement dans une chambre d'hôtel et qui me prendrait une éternité au camp de base du Cho Oyu (douche, lavage, rasage, etc.). J'appelle à nouveau Pemba et sa petite fille prend du mieux. Sa soeur viendra aider sa femme pour prendre soin de leur fille de 2 ans pendant son absence.


Demain matin, le départ vers la frontière tibétaine est donc prévue pour 4h30. En tout, ce sera environ 15 heures de jeep qui m'attendent puique je vais parcourir le chemin en une seule journée contrairement aux 3 jours en temps normal. Ensuite, je veux également franchir en une seule journée de marche la distance qui nous séparera du camp de base du Cho Oyu ... ce qui se fait en 2 jours normalement.


Bref, les 2 prochaines journées s'annoncent pour le moins intenses. Comme je le disais plus tôt, chaque jour a une importance capitale à partir de maintenant. Je n'ai absolument plus aucune marge de manoeuvre. AUCUNE! La météo sera probablement favorable 3 semaines, peut-être 4 si j'ai un peu de chance. C'est le temps qui me reste pour m'acclimater et tenter de grimper 2 sommets de plus de 8000 mètres. Je suis encore confiant pour le Cho Oyu mais pour le Shishapangma, ça relèverait presque du miracle. Mais bon, pour ce qui est de garder à l'intérieur de moi une lueur d'espoir bien vivante, je suis vraiment rendu bon dans le domaine. HOPE!!!!


P.S. À partir de maintenant, je communiquerai les nouvelles entrées par téléphone satellite à mon père, alias mon sherpa québécois, qui vous gardera informer en mon nom.

9/18/2009

17 septembre - Lueur d'espoir


J'ai appris vers 16h30, heure du Népal, que mon nouveau "vrai" passeport arrivera à Katmandu lundi le 21 septembre. Je devrais, normalement, avec un minimum de collaboration des représentants de l'ambassade chinoise à Katmandu ... d'obtenir mon visa pour le Tibet le même jour.


Entre temps, j'ai orchestré un plan de match tout simplement incroyable. Demain matin, je m'envole en direction de Lukla afin d'aller réaliser l'ascension du Gokyo (5670 mètres) ... en 2 jours!!! Mon sherpa pense que je vois grand, moi je suis totalement convaincu de ce que je suis en train de faire. Je pars donc seul. Pour vous donner une idée, c'est pratiquement comme si je me lançais à l'assaut du Kilimandjaro en 2 jours seulement.


Comme j'ai passé 2 nuits à 4400 mètres déjà sans aucune conséquence, je suis convaincu que tout va bien aller. La suite de l'histoire se déroulera comme suit:

Mardi 22 septembre - À mon arrivée à l'aéroport de Katmandu, mon sherpa m'attend dans un jeep et nous partons en direction du Tibet avec l'équipement et bien sûr les passeports et les visas.

Mercredi 23 septembre - On termine le trajet en jeep dès qu'il fait clair et ensuite, première journée de trek en direction du camp de base du Cho Oyu.

Jeudi 24 septembre - Arrivée au camp de base du Cho Oyu.


Ensuite, je vais adapter le plan en fonction de comment je me sens. Je vais probablement prendre une journée de repos au camp de base avant de tenter ma chance vers le camp 1.


À suivre!!! En attendant, la seule variable incrotrôlable sur mon chemin, c'est l'ambassade de Chine ...
16 septembre - Des nouvelles de l'ambassade de Chine


J'ai un nouveau rendez-vous à 9h30 aujourd'hui. Je suis une personne complètement pacifique et habituellement posée mais cette fois c'est avec beaucoup d'amertume que je me réveille ce matin. Je me présente donc au bureau des visas à l'ambassade de Chine et cette fois, le représentant chinois est présent. Il nous annonce qu'il pourra émettre le visa seulement après avoir obtenu l'approbation du Ministère des Affaires étrangères de Chine. Il anticipe un délai, au mieux, de 3 jours!!!

Pour le représentant chinois, l'humain, il s'en fout éperdument ... son emploi c'est de brasser du papier, d'en envoyer à gauche, à droite ... qui démontre aucune sensibilité et qui n'a absolument rien à faire de tous les efforts déployés pour obtenir le fameux passeport temporaire, du fait que chaque journée supplémentaire à Katmandu eh bien c'est une journée d'acclimatation de perdue.


Je prends ce qui me reste de self-control, je trouve même la force de faire un sourire pas sincère du tout et je sors avec une seule idée en tête, trouver un centre d'entraînement pour ventiler. Par chance, il y en avait un (ce qui est vraiment peu commun) pas trop loin de mon hôtel. Comparativement au club Mansfield à Montréal ou je m'entraîne habituellement; ce gym n'est pas du tout de la même classe.


En sortant, j'ai l'idée de contacter le consul canadien à Katmandu pour lui faire part de la situation et lui proposer un plan B: avoir mon vrai nouveau passeport au plus tard le 21 septembre. Si ça ne fonctionne pas, c'est terminé pour moi le Tibet, je devrai me rabattre sur une expédition de plus petite envergure au Népal cette fois.


J'ai besoin de vos bonnes pensées!!! Tout va se jouer dans les 48 prochaines heures pour moi.


On reconnecte lorsque j'aurai des nouvelles!

9/17/2009

15 septembre - Un visa tibétain svp!


Alors voilà, j'ai rendez-vous à 10h00 avec un représentant du bureau des visas à l'ambassade de Chine. Le type en question ne se présente pas alors l'attente se poursuit. L'air un peu déboussolé, je rentre à nouveau dans le quartier général de Asian Trekking qui me supporte brillamment dans toute cette aventure. Dawa Sherpa me propose de faire un peu d'escalade sur le mur qu'ils ont construit ... j'accepte volontiers, ça me changera les idées. Pour ceux qui s'y connaissent, j'ai "flasher" l'équivalent d'une 5.10c ce qui pour moi est un exploit. Je suis plus un grimpeur de glace que de roche ou de plastique (escalade intérieur) alors ça m'a fait un petit velours même si je sais très bien que l'attribution des cotes, c'est très subjectif.


À 15h00, nous nous rendons à nouveau au bureau du représentant chinois. Ledit représentant en question ne se pointe pas, encore une fois. C'est quoi ça!!! Ne pas se présenter à 2 rendez-vous dont tu fixes l'heure, c'est tellement un manque de respect. Je me garderai de dire sur ce blogue comment je vis cette situation puisque ce serait impossible de le faire dans un langage approprié!
13-14 septembre - Le retour vers Katmandu


La descente vers Singgompa (3300 mètres) a été particulièrement pénible puisque j'étais en espadrille, mes bottes de marche étant déjà au Tibet. Je me console en croisant un berger qui guide ces moutons vers un village plus bas sur la montagne sans avoir rien dans les pieds.


En arrivant à Singgompa, je rencontre d'autres israéliennes fort sympathiques. Définitivement, ce pays est bien représenté au Népal présentement. Je retourne au même hôtel et cette fois, je m'offre le luxe de laver mes vêtements et prendre une douche (un plat d'eau, on s'entend).


Cette fois, nous avons fait le trajet nous séparant de Katmandu en 6 heures. Ayant opté pour le lâcher prise cette fois-ci, je me suis même permis une petite sieste. Non mais, quel progrès!!! En arrivant à Katmandu, Dawa Sherpa m'attendait avec mon passeport temporaire, éligble pour un an, mon visa népalais ... mais mon visa pour entrer au Tibet manque toujours à l'appel. Cette fois-ci, apparemment, il faut qu'il y ait une permission spéciale en provenance du Ministère des Affaires étrangères de Beijing qui soit accordée pour toute demande de visa pour un passeport temporaire. Comme l'expression anglophone le dit si bien, I'm about to lose it!!!


Moi qui avait tout orchestré pour me rendre aujourd'hui même à la frontière pour entrer dès l'ouverture du poste frontalier le lendemain, mon plan de match est à l'eau, une fois de plus. Non mais, j'ai l'impression de réaliser les 12 travaux d'Astérix. C'est comme si chaque fois que j'arrive avec une solution, il y a toujours une «coquille» qui vient faire tout dérailler. Les dédales administratifs, c'est tellement frustrant à vivre, je vous le jure!!!
12 septembre - Journée en solitaire


Aujourd'hui, je décide de grimper sur un ridge à environ 4700 mètres. Je parcours la distance en 30 minutes et à mon arrivée sur le ridge, une vue magnifique du Lantang range m'attendait. J'aperçois même le Shishapangma au loin ... juste pour tourner le fer dans la plaie un petit peu plus. J'ai tout juste 15 minutes pour prendre des photos et les nuages envahissent l'espace. Le feeling d'être debout sur le ridge et de sentir le nuage me passer dessus est tout simplement indescriptible. Un grand moment!!! Mon objectif est de passer le plus de temps possible à ce point le plus haut puisque je sais que demain, c'est le chemin du retour vers Katmandu. Je me couche donc sur le dos, un bras de chaque côté du ridge et je profite de l'instant. Je passe 2 ou 3 heures dans cette position à sentir la petite brise qui me passe sur le corps ou encore les quelques éclaircies qui laissent le soleil me réchauffer et je profite de l'occasion pour consacrer un moment à toutes les personnes importantes dans ma vie. Je me rappelle les qualités que j'admire plus particulièrement et les remercie pour ce qu'elles apportent dans ma vie. C'est vraiment un moment très intense, j'avais l'impression que chacun était devant moi pour entendre ce que j'avais à leur dire.


Sur le chemin du retour vers Gosainkunda, je profite d'une courte éclaircie pour photographier les plus belles fleurs que l'on retrouvent à une telle altitude. En fait, avec de l'herbe, c'est à peu près tout ce qui pousse. Ces petites fleurs magnifiques en apparence si fragiles sont en fait résistantes et fort bien adaptées à leur environnement. Je vous laisse en tirer les conclusions!!!


Je reviens à l'hôtel pour y prendre le dîner. En fait je devrais utiliser le mot cabande ou refuge pour refléter la réalité mais les népalais appellent ça des hôtels alors je m'adapte. Comme à l'habitude, je m'assois en retrait pour manger dans la tranquilité. Mais à un certain moment, je suis interpelé par ce que j'entends. Mes amies israéliennes que je trouvais bien sympathiques lorsqu'elles chantaient la veille avaient un petit frisson et demandaient au propriétaire de l'endroit de partir un feu. Je m'interpose et j'explique tout ce que ça implique d'allumer un feu à 2 heures de l'après-midi alors qu'il fait 10 degrés à l'extérieur. En fait, il faut apprécier les efforts nécessaires pour apporter du bois situé à 1000 mètres plus bas puisqu'à 4400 mètres, il n'y a pas un arbre qui pousse. Il y a également les conséquences environnementales, non seulement les émissions de CO2 mais aussi le phénomène de déforestation ce qui accélère l'érosion des sols et détruit l'habitat naturel d'animaux qui vivent dans ces forêts. Je termine en leur suggérant d'ajouter une couche ou deux de vêtement ... ou encore mieux, de sortir à l'extérieur pour profiter du soleil qui était de retour depuis un moment déjà. Tout le monde est un peu saisi par mon intervention, il y a un long silence ... et au bout de 30 minutes, le propriétaire abdique finalement et allume le feu.


C'en est trop pour moi, je termine mon dîner en vitesse et je sors prendre une marche. Finalement, c'est une marche de 3-4 heures qui m'a amené vers un passage à 4650 mètres entre 2 montagnes. C'est fou comment le temps passe vite lorsque je suis entouré de paysages magnifiques. Sur le chemin du retour, je prends le temps de marcher autour du lac Gosainkunda, considéré comme un endroit sain par les hindous du Népal. Alors que je termine le tour du lac, j'arrive tout près de l'hôtel pour assister à l'un des plus beaux couchers de soleil que j'ai pu apprécier dans ma vie. C'était fantastique!!! J'ai dû prendre 50 photos pour capturer l'évolution des couleurs, des nuages ... bref pour pouvoir le partager avec vous à mon retour.


À nouveau, je mange en vitesse pour retrouver la quiétude de ma chambre. Ah, vraiment, j'ai jamais autant apprecié le silence et la solitude que dans ce voyage.
11 septembre - Objectif: Gosainkunda, 4400 mètres


Me faire réveiller par la pluie ce matin, ça me rappelle que le bruit incessant des klaxons et l'air pollué de Katmandu sont derrière moi. Je me lève avec le sourire pour méditer comme je le fais toujours lorsque je suis en montagne avant le déjeuner. À ma sortie de l'hôtel, je réalise que je suis dans un nuage. Le feeling est vraiment drôle, c'est comme si la loi de la gravité ne s'appliquait pas aux millions de gouttelettes d'eau en suspension dans l'air. Un petit vent léger ou encore le simple fait de marcher et ça donnait l'impression de prendre une douche au ralenti.


Aujourd'hui, nous parcourons le chemin en 4 heures, presqu'entièrement en silence. C'est quelque chose que j'apprécie tellement de mon sherpa, les moments de silence!!! Ça contraste lorsque nous dépassons en vitesse un groupe de trekkers qui sont impliqués dans une discussion animée, oubliant presque de lever la tête pour admirer le paysage. Ça me fait réaliser à quel point l'homme sociable que je suis habituellement dans ma vie urbaine devient plus intérieur, presque sauvage même. J'imagine que c'est le yeti en moi qui ressort dans la montagne, un animal mythique dans l'Himalaya qui vit seul évitant tout contact avec le monde extérieur.


Pour ceux qui s'y connaissent en alpinisme, passer de 1500 mètres (Katmandu) à 4400 mètres (Gosainkunda) en un peu plus de 48 heures, c'est énorme. Je le constate en regardant le groupe de 8 israéliennes qui partagent le même hôtel. La plupart sont dans un état plutôt moche, maux de tête, vomissement, perte d'appétit ... bref je joue un peu à l'infirmier et je leur explique les médicaments à prendre et surtout, le meilleur conseil d'entre tous en haute altitude, boire beaucoup d'eau.


Ce soir, c'est vendredi, ce qui implique que c'est la cérémonie du Kiddush pour les 8 israéliennes qui commencent à se sentir mieux. Alors, ils récitent des prières pour la plupart chantées. Honnêtement, ça sonne bien 8 voix de femmes qui chantent en hébreux. Je comprends rien mais bon, je suis tout de même un observateur privilégié de cette cérémonie.

9/16/2009

10 septembre - Dunchen, ce village inaccessible!!!


Nous débutons la journée tôt avec un petit déjeuner englouti à la hâte afin que nous puissions rapidement nous mettre en route. Le jeep ne démarre pas ce matin!!! Je vois donc mon conducteur la tête sous le capot à faire toutes sortes de manoeuvres disons particulières. En fait, c'est comme si un réparateur de TV se pointait chez moi et commençait à frapper sur le côté de la TV, à tirer sur quelques fils au hasard ... donc, je prends les choses en main, moi qui n'a à peu près aucune connaissances en mécanique. Ma première hypothèse, c'est que nous avons passé une nuit dans une vallée à seulement 900 mètres d'altitude, donc c'est peut-être le contact avec la batterie qui ne se fait pas bien en raison de l'humidité élevée dans l'air. Il regarde donc la batterie et ses fils raboutés avec du ruban électrique ... vous auriez dû me voir la face quand j'ai vu cela, ça valait 100$. Après quelques manoeuvres un peu plus crédibles, le moteur démarre et nous pouvons partir avec une heure de retard.


La route, je ne pensais pas que ça pouvait être possible, est dans une condition encore pire que celle de la veille. Cette fois, c'est sur la terre directe avec plusieurs passages à une seule voie ... ce qui implique de nombreux arrêts pour laisser passer les camions ou pseudos autobus. Ça implique de devoir reculer de quelques mètres pour rejoindre un segment plus large. Bref, ça passe à peu près toujours au centimètre prêt et dans certains cas, s'il faut tricher, eh bien chaque conducteur rabat tout simplement son miroir.


Au bout d'environ une heure de route, nous sommes soudainement bloqués par un camion en panne. C'est l'événement pour les habitants du coin qui se rassemblent et, bien sûr, tout le monde a une opinion sur ce qu'il faut faire. J'ai l'impression d'être dans un poulailler. Je remarque que deux jeunes enfants sont très curieux de ma présence. Je m'éloigne donc un peu de la cohue, mais pas trop loin pour garder un oeil sur le dénouement de la situation, et je passe un moment avec ce garçon de 12 ans et sa jeune soeur de 8 ans. C'était magique, j'ai pris quelques photos et nous avons écouté un peu de musique sur mon ipod, des mantras bouddhistes pour qu'ils ne soient pas trop dépaysés.


Après une heure, nous pouvons poursuivre notre route jusqu'à ce que nous arrivions à un segment partiellement endommagé en raison des éboulis causés par les récentes pluies. Cette fois, je suis béni puisqu'il y a déjà une pelle mécanique, ce qui est particulièrement peu commun dans cette contrée lointaine, qui s'affère à réparer la route. Alors, encore une fois après un délai de 30 minutes, nous pouvons poursuivre notre route et se rendre, je n'y croyais presque plus à Dunchen!!! Au total, il nous aura fallu 3 heures pour compléter ce segment plus des retards cumulés de 2 heures environ.


Arrivé à Dunchen, mon sherpa dont je découvre le côté paresseux, souhaite passer la nuit à Dunchen. Il est environ 13h00 et nous devons parcourir l'équivalent de 4 km pour un gain d'altitude de 1400 mètres. Je commence à comprendre quand je dois pousser un petit peu plus fort et comment le faire. Alors, nous prenons le dîner et franchissons la distance en un peu moins de 3 heures ce qui est un excellent temps considérant le poids que nous avions sur les épaules. Cette ascension aura valu la peine. Non seulement la faune et la flore étaient particulièrement intéressantes à découvrir, mais nous avons assisté à un coucher de soleil tout simplement magnifique ce soir là.
9 septembre - La suite


Alors donc, me voici assis à l'arrière d'un jeep en direction d'un petit village appelé Dunchen. Apparemment, il faut seulement 6 heures de jeep pour parcourir les quelques 100 km qui séparent Katmandu de cette petite communauté éloignée. Je dis bien seulement parce qu'il en faut 2 heures de plus minimum pour ceux qui optent pour l'autobus local.


Alors donc, dans ma logique initiale, si la météo est incertaine pour emprunter la voie aérienne ... pourquoi ne pas opter pour la route!!! Erreur!!! La route qui mène à Dunchen est à flanc de montagne et le concept de garde-fou est inexistant au Népal. Une fausse manoeuvre et, sur certains segments particulièrement abruptes, cela signifie une chute de quelques centaines de mètres. Moi qui pensait faire la sieste pendant le trajet, oubliez-ça! J'ai les yeux ronds comme des 2 piastres et je suis cramponné à la banquette arrière comme si c'était la seule chose que je pouvais faire pour éviter une mort certaine. J'ai eu une petite pensée pour ma mère qui a l'habitude, lorsqu'elle est assise du côté passager et que je suis au volant, de tenir la poignée de porte le moindrement que je prends un virage un peu plus serré. Je crois qu'elle n'aurait tout simplement pas tenu le coup sur cette séquence.


Pendant que mon sherpa fait la sieste, ce qui me scandalise presque, je passe notre conducteur en entrevue. Je lui demande s'il a régulièrement des accidents, combien de fois il a conduit sur cette route, s'il se sent bien concentré ce soir, si le camion est en bon état, etc. Bref, il faut que je pose toutes ces questions pour être en mesure de lâcher prise ... un petit peu à tout le moins.


Après que j'aie baissé ma garde, j'ai pu apprécier davantage les magnifiques rizières à perte de vue. C'est impressionnant de voir toutes ces terrasses érigées à flancs de montagnes de mains d'hommes. D'ailleurs, mis-à-part les véhicules qui circulent sur la route, je n'ai pas vu de tracteur ou autre assistance mécanique qui pourrait assister les villageois dans leurs tâches quotidiennes. Ce voyage devient donc très intéressant puisque je découvre comment la vie se déroule à l'extérieur de Katmandu et à l'extérieur des sentiers plus touristiques comme celui qui mène au camp de base de l'Everest par exemple. Très intéressant comme découverte!!!


Au bout de 5 longues heures, nous arrivons à mi-chemin dans un village appelé Thingri. Nous y passerons la nuit en raison de la mauvaise température. J'informe également notre conducteur qu'il sera mon homme de confiance pour le chemin du retour. Pemba Sherpa voulait revenir en autobus ... oublie ça champion, il n'y a aucune chance que j'embarque dans un de ces autobus assez louches merci pour épargner 200$.


Alors donc, après un autre Dal Bhat qui est l'équivalent d'une tourtière pour les Saguenéens, je vais dormir dans ma chambre qui sent l'humidité comme c'est pas possible. C'est pas grave, j'ouvre la fenêtre et je démarre le ventilateur avant de m'endormir après avoir vécu de fortes émotions.

9/10/2009

9 septembre  - La lumière au bout du tunnel ???


Après m'être levé vers 4h15 pour prendre quelques courriels toujours en espérant la bonne nouvelle qui n'est toujours pas venue, je me dirige vers l'aéroport pour prendre un vol en direction de Lukla. Le but, c'est de prendre quelques journées de randonnées sur le chemin de l'Everest pour débuter le processus d'acclimatation.


Après 6 heures d'attente, le verdict tombe ... impossible de se rendre à Lukla aujourd'hui en raison de la mauvaise température. Déception, oui mais pas trop longtemps puisque je reçois un appel du consulat canadien qui me confirme que mon passeport temporaire sera émis à New Delhi pour ensuite être acheminé
à Katmandu. Si tout se passe comme prévu, je recevrai le précieux document le 14 septembre.


Il me vient alors l'idée de me rendre à New Delhi pour aller le chercher en personne et ainsi possiblement prendre la route du Cho Oyu le vendredi 11 septembre. Alors, je n'hésite pas une seule seconde et je me rends directement à l'ambassade de l'Inde pour demander un visa. Je suis au téléphone avec Dawa Sherpa de Asain Trekking pour vérifier la disponibilité pour le prochain vol.


J'arrive 10 minutes après la fermeture de l'ambassade ... et je devais avoir l'air légèrement désespéré ... ils m'ont donc laissé entrer. En arrivant devant le type du bureau des visas, il me manque une pièce super importante, le billet d'avion. J'essaie de faire des miracles avec Dawa mais sans succès.


Non mais, c'est quoi toute cette paperasse interminable pour faire une visite de quelques heures à New Delhi. Je devrai patienter jusqu'au 14 septembre, c'est maintenant officiel.


Enfin en sortant, je me questionne à savoir si je fais une nouvelle tenmtative vers Lukla demain ou encore si je change mes plans. En fait, je décide de changer mon plan pour opter pour la voie terrestre, ceci m'évitera d'être dépendant de la température qui est souvent capricieuse à ce temps-ci de l'année.


Je vous écris donc ce message tout juste avant d'embarquer dans un jeep en direction de Langtang. Le trajet devrait me prendre environ 5 ou 6 heures si tout va bien. Ensuite, ce sera 4 jours de randonnée à des altitudes supérieures à 4 000 mètres. Nous reviendrons ensuite lundi prochain pour recueillir le passeport et le visa ... que Dawa Sherpa aura la gentillesse de s'occuper pour moi. Le soir même, nous ferons les 6 heures de jeep qui nous séparent du Jammu Hotel tout juste de l'autre côté de la frontière ... en terre tibétaine.


C'est assez intense comme plan de match, mais mes options disparaîssent les unes après les autres. Malgré toutes ses difficultés qui m'ont permis de faire bien des apprentissages, je garde un excellent moral. Je sens que je reviendrai transformer de cette grande expédition qui tarde encore à débuter. Encore quelques jours et j'y serai !
8 septembre  - Moments magiques avec des moines tibétains en exil à Katmandu


Ce matin, je me suis rendu au consulat canadien à Katmandu afin de faire une demande officielle pour obtenir un passeport temporaire. Normalement, la balle est maintenant dans le camp du Ministre des affaires étrangères du Canada qui doit approuver cette demande spéciale. En effet, étant donné que je ne suis pas physiquement présent à l'ambassade de New Delhi en Inde, je dois obtenir l'approbation des autorités canadiennes avant que l'ambassade de New Delhi puisse procéder. Je peux seulement me croiser les doigts pour que tout se passe bien.


Une fois sorti du consulat, je suis passé prendre les billets d'avion pour mon sherpa et moi. Afin de débuter le long processus d'acclimatation, nous partirons sur la route qui mène au mont Everest afin d'y réaliser l'ascension d'un ou deux petits sommets ... ça devrait rester en deçà de la barre des 6 000 mètres. Alors nous partons tous les deux, sans porteur et sans yak. Seuls nos muscles et notre coeur nous aiderons dans cette quête. Ce sera une expérience bien spéciale.


Ensuite, j'ai préparé mon sac à dos en prenant soin de me limiter à l'essentiel. Mon but est d'avoir un sac à dos de moins de 50 livres. Comme j'étais tout près de la maison de Pemba, je suis allé dire un petit bonjour à la petite famille. J'ai tout juste eu le temps de déguster une bière et faire quelques figures de yoga avec Nima. Du haut de ses 2 ans, elle se débrouillait fort bien.


Une fois cette importante étape complétée, j'ai décidé de passer un peu de temps seul pour méditer dans un temple bouddhiste dans le quartier de Bodha à Katmandu. En arrivant, je suis tombé par hasard sur un monastère tibétain. J'y suis entré pour prendre quelques photos et, au moment de sortir, les portes se sont refermées devant moi. J'étais pris à l'intérieur avec 5 moines tibétains. Une cérémonie venait de débuter à l'extérieur et je devais attendre que les moines soient rentrés avant de pouvoir ressortir. Pendant les 10 minutes d'attente, j'ai passé un bon moment avec ces 5 jeunes moines âgés entre 14 et 16 ans. Ils étaient tout simplement absorbés par ma charpente ... alors, ils sont curieux et touchent mes biceps, mes abdominaux ... c'est à peine s'ils ne me demandent pas d'enlever mon chandail. C'était très drôle, ce moment s'est déroulé avec une légèreté et une innocence déstabilisante.


Bien sûr, j'ai pris plusieurs photos avec mes 5 nouveaux amis jusqu'au moment où les portes se sont ouvertes. Je suis alors resté pour me recueillir avec eux pendant une heure. Cétait tellement spécial d'entendre leurs chants, le son des trompettes, des cloches et des gongs. Cette ambiance bien spéciale, je la garderai longtemps dans mon esprit, c'est certain.


Après la cérémonie, un de mes 5 amis est venu me trouver et nous avons effectué plusieurs tours autour du temple qui se trouvait non loin. Nous avons fait tourner les moulins à prière et partager sur nos cultures respectives. Un moment tout simplement magique avec ce jeune Toby, 16 ans dont 5 ans comme moine. Il m'apprend qu'il est sur facebook alors nous nous rendons dans un café internet et nous sommes devenus des amis. Cela me permettra de partager les nombreuses photos prises. En arrivant au café, d'autres moines se trouvent déjà là. Ils se rassemblent tout près de moi pour regarder les photos de mon expédition sur le mont Everest, les photos de ma maison, les photos de mes amis, bref je fais un tour d'horizon de ma vie au Québec.


Après coup, les moines m'invitent à me rendre à leur dortoir pour recevoir un cadeau en l'honneur des moments d'ouverture que nous avons partagés. Je me rends donc dans cet endroit très spécial. J'entre dans la chambre d'un de mes amis pour finalement recevoir un livre de prière et un autre document qui contient des pensées, méditations et autres mantras tibétains. Je suis touché profondement!!!! Alors, mes amis moines me mettent le fameux drap rouge très caractéristique et je fais semblant d'être un moine pour un instant et prier avec eux. C'est donc avec beaucoup de rires et une grande curiosité que nous apprenons à nous découvrir.


Ensuite, la fascination pour des muscles qu'ils semblent voir pour la première fois reprend de plus belle. Cette fois, je me porte au jeu. Je fais donc tout ce qu'il me demande ... force le bicep, le tricep, les abdominaux, le dos ... tout çà pendant que 2 moines font les mêmes mouvements pour comparer. Évidemment, je n'aurai jamais fait cela dans un contexte nord américain, j'aurais été beaucoup trop gêné. Avec mes amis moines curieux, c'était tellement drôle que je leur ai donné un show. J'ai ensuite pris 2 moines sur mon dos dont un portait mon sac à dos ... ils ont trouvé ça très impressionnant!!! Ensuite, un petit moine accroché sur chaque bras ... c'était presque devenu des épreuves dignes d'une compétition d'hommes forts. Enfin, ça m'a fait bien sourire.


Avant de retourner à mon hôtel, je les ai remercié sincèrement pour tous ces bons moments. Ils m'ont mentionné qu'ils prieraient pour moi et je leur ai dit que j'en ferais de même. Je leur ai ensuite promis de prendre pleins de photos au Tibet pour revenir leur montrer à mon retour. Cela leur permettra de revoir leur pays en photo pour la première fois depuis des années dans certain cas.


Conclusion, la situation difficile que je vis présentement m'a permis de vivre des expériences vraiment magnifiques. Celle d'aujourd'hui en est un autre exemple particulièrement marquant. Comme je le dis si bien plusieurs fois par jour ... WOW!!!!!

9/09/2009

7 septembre  - Une nouvelle piste de solution


J'ai rendez-vous avec le consul canadien ce matin à 9h30. En arrivant, j'apprends que c'est un congé férié en Inde. Oh yesss, c'est exactement ce que j'avais besoin d'entendre!!!! Il me dit en voyant mon visage changé qu'il a tout de même rejoint l'un de ces contacts chez lui. Cette personne l'a informé du plan de match ci-dessous:


8 septembre - Je complète un nouveau formulaire pour demander un passeport temporaire. L'ambassade canadienne de New Delhi contacte le bureau des passeports à Ottawa pour demander une permission spéciale afin qu'ils puissent émettre mon passeport temporaire. Cette permission spéciale est essentielle puisque ce genre de demande est acceptée seulement si la personne est physiquement à l'ambassade de New Delhi.

9 septembre - Le bureau des passeports à Ottawa fait part de sa décision positive

10 septembre - Mon passeport temporaire est émis à l'ambassade de New Delhi en Inde

11 septembre - Mon passeport temporaire est envoyé par courrier au consulat canadien du Népal

14 septembre - Le Consulat canadien reçoit mon passeport et je peux obtenir mon visa pour entrer au Tibet

15 septembre - Départ pour le Tibet avec 2 semaines de retard


Évidemment, le plan de match ci-dessus, c'est si tout se passe bien. L'endroit dans le plan de match ou il y a un risque, c'est la décision du bureau des passeports à Ottawa mais je suis confiant puisque mes sherpas québécois ont tissé des liens avec les personnes qui pourront s'assurer que les décideurs clés puissent se positionner rapidement.


Pendant ce temps d'attente, eh bien j'ai concocté un petit plan de match bien intense. Je retourne avec Pemba sur la route qui mène au Mont Everest avec deux objectifs en tête:

1- Dormir le plus de nuits possibles à une altitude de plus de 4 000 mètres

2- Grimper 1 ou 2 sommets de plus de 5 000 mètres

Nous serons donc tous les deux, sans porteurs et sans yaks. Nous voyagerons léger ce qui implique une charge d'environ 40 à 50 livres max. Nous partirons tôt le mercredi 9 septembre pour revenir le 14 septembre. A mon retour, je prends mon passeport, obtient mon visa et quitte immédiatement pour le Tibet.


J'espère atteindre le camp de base du Cho Oyu 2 ou 3 jours plus tard. Le lendemain, je grimpe au camp 1 pour y passer la nuit. Le camp 2 suivra ensuite pour quelques jours.


À suivre!!!
6 septembre  - Une amitié grandissante


Pemba Nuru Sherpa, avec qui j'ai grimpé l'Everest l'an dernier que je retrouve avec plaisir pour cette nouvelle expédition me fait l'honneur de m'inviter à dîner à sa maison. J'accepte évidemment avec grand plaisir puisque ce sera une occasion de rencontrer sa femme et ses deux petites filles âgées respectivement de 2 ans et 2 semaines. Quel beau privilège!!! Quel moment nous allons tous partager!!!!

De pouvoir jouer avec sa petite fille de 2 ans, prendre des photos de la petite famille, d'entrer respectueusement dans l'univers de mon ami sherpa ... WOW!!!! Ne serait-ce que pour vivre ce moment, l'attente interminable que je dois subir en aura valu la peine. Après le dîner qui s'est terminé avec la petite Nima, 2 ans, qui a dû me donner 100 becs souffles ... Pemba et moi sommes allés visiter un monastère bouddhiste à la recherche d'un cahier de prières ancien que les moines utilisent à tous les jours. Ce serait tellement un souvenir spécial d'autant plus que, tout à fait par hasard, j'ai eu la chance de participer à une cérémonie religieuse avec des moines tibétains en exil à Katmandu. J'ai eu droit aux chants, aux trompettes tibétaines, les tambours ... LA TOTALE!!!! C'était tellement spécial d'être là pendant un long moment à me recueillir dans un temple Tibétain avec environ 40 moines qui récitent des prières à l'unisson. J'en ai encore l'âme qui vibre au son de ces magnifiques chants.


Cette journée toute spéciale m'a permis de retrouver une paix intérieure que je n'avais pas ressenti depuis plusieurs jours en raison du stress. Disons que lorsque tu investis autant de temps, d'argent et d'efforts pour aboutir dans un cul de sac pour un détail, disons que le niveau de stress monte d'un cran et les pensées passent à un rythme fou ... en passant par les j'aurais donc dû et bien sûr en révisant des centaines de fois tous les scénarios possibles et inimaginables. Le moment présent, ce sera pour plus tard ....


Mais voilà, j'ai eu l'occasion de parler à quelques âmes sages que je connais pour me remettre sur le droit chemin et réellement utiliser cette expérience comme une force motrice pour les défis auxquels je devrai faire face dans les prochains jours et bien sûr, prendre le temps de m'arrêter et intégrer les apprentissages à retirer d'une telle expérience. J'ai donc fait la paix avec moi-même!!!


Avec un nouvel état d'esprit, je me permets même une audace, appeler le consul canadien à Katmandu sur son cellulaire un dimanche. Évidemment, je me suis introduit en présentant mes excuses les plus sincères de le déranger un dimanche. Je l'informe ensuite de la décision de l'ambassade chinoise et de la nécessité d'obtenir un passeport le plus rapidement possible ce qui implique que le délai de 4 semaines initialement prévu n'est plus acceptable. Je lui mentionne également qu'un passeport temporaire peut être émis par New Delhi à l'intérieur d'un délai de 48 heures. Depuis le début, il démontre une empathie incroyable à ma cause et souhaite sincèrement m'aider. Il se rend donc à son bureau pour envoyer un courriel à New Delhi leur demandant d'émettre un passeport le plus rapidement possible.
5 septembre  - ATTENDRE!!! Pas évident pour un passionné!!!


Je suis un passionné ... de vélo de montagne, de randonnée, de musique aussi, de la nature sous toutes ses formes, des gens qui croisent ma route et des leçons qu'ils ont à m'apprendre et, bien sûr, vous l'aurez deviné, ma plus grande passion, c'est la montagne!!! Cette passion occupe évidemment une grande place dans ma vie. Je passe la majorité de mon temps libre à m'entraîner et à planifier tous les petits détails qui me mènent à ma prochaine expédition (équipement, nutrition, médicaments, etc). Une expédition d'envergure, c'est un projet qui s'échelonne sur plusieurs mois voire quelques années. Donc, lorsque le jour J se présente, je suis impatient de me retrouver sur cette route magnifique que j'ai visualisé des milliers de fois. C'est justement çà ... l'impatience du passionné ... qui me gruge depuis mon arrivée au Népal. Tout çà pour un bout de papier ... et ma destinée est entre les mains de canadiens et de chinois qui déterminent quand je pourrai l'obtenir. Un bout de papier pour un aventurier pour qui une frontière est un concept très intangible. Aprs tout, nous avons un point en commun ... nous sommes tous des êtres humains qui habitent la même maison, cette chère planète terre. Ne vous en faites pas, je ne me lancerai pas dans un débat de sémantique mais disons que je réfléchis pas mal à ce genre de concepts pendant les longues heures d'attente.


Aujourd'hui, j'ai envie de vous proposer un texte pour que vous puissiez avoir un aperçu des leçons que la vie me donnent l'opportunité d'apprendre. Bonne lecture !

http://www.implosions.net/fr/art/attendre.html
4 septembre  - Le mur de Chine


Je pensais avoir un bon plan de sauvetage ... en fait c'était le seul à ma portée. Je me rends donc le vendredi 4 septembre à l'ambassade chinoise vers 10h00 pour finalement rencontrer le contact à Dawa Sherpa vers les 17h00. Après un court entretien entre Dawa et l'employé de l'ambassade, je suis invité dans la salle d'audience pour me faire dire que ce ne serait pas possible. PAS POSSIBLE!!!! Ce n'est pas une réponse acceptable cher ami, il doit bien y avoir une solution. Je vous ai offert une lettre du consulat canadien, une demande pour un nouveau passeport est présentement en traitement ... vous devez simplement émettre mon visa et au pire, l'accompagner d'une lettre signée de votre main qui explique la situation.

Alors j'apprends à la dure qu'en Chine, c'est blanc ou c'est noir ... forget the grey!!!!

Alors je sors donc de l'ambassade chinoise avec une amère déception et je me dirige tout droit à mon hôtel. Je me jette sur le premier ordinateur que je vois pour amorcer les pourparlers avec mon camp de base au Québec ... après tout il est 7h30 et il me reste toute une journée pour trouver une solution miracle. Après tout, les 4 semaines de délai pour l'obtention d'un nouveau passeport en passant par New Delhi est tout à fait inacceptable, je dois être dans les montagnes le plus rapidement possible pour amorcer le long processus d'acclimatation.

Après des efforts soutenus de mes sherpas québécois, nous apprenons qu'il est possible d'obtenir un passeport temporaire dans un délai de 48 heures à l'ambassade de New Delhi. L'espoir renaît ... mais le weekend arrive partout sur la planète ce qui implique 2 longues journées d'attente.
3 septembre - À Katmandu, tentative de sauvetage de mon expédition

 
Après avoir investi beaucoup d'argent et m'être entraîné pendant des mois voire des années si je considère les expéditions réalisées ces dernières années, je n'allais certainement pas me laisser abattre avec quelques détails bureaucratiques. Après tout, je travaille comme consultant depuis plus de 5 ans alors je sais comment parler à un client, réfléchir à des solutions et bien articuler mes idées pour que ça passe au coseil comme on dit.

 
Après une bonne nuit de sommeil (eh oui, la meilleure nuit de sommeil depuis des jours ! surprenant n'est-ce pas compte tenu des circonstances !), je me rends au bureau de Dawa Sherpa, celui qui doit m'aider à passer à travers les différentes épreuves qui me séparent de mon départ vers le Tibet. Je suis impressionné par les installations de son entreprise, une agence qui organise des treks et des expéditions depuis 1982. Après avoir visité leurs installations, parler expéditions et partager quelques histoires sur les hauts sommets de l'Himalaya, nous nous sommes rendus au consulat pour rencontrer un émissaire avec qui Dawa avait travaillé.

 
Pendant que nous attendons, je discute avec la secrétaire pour savoir qui était présent au consulat ce jour-là (un canadien de préférence). C'est mon jour de chance, le canadien responsable du consulat est présent aujourd'hui ce qui est apparemment un fait assez rare. Je mentionne donc mon grand intérêt à le rencontrer afin de lui expliquer mon histoire.

 
Entre temps, nous rencontrons l'émissaire qui m'explique qu'un visa canadien ne peut pas être prolongé et qu'il ne peut rien faire. Après avoir passé à traveras ma liste de questions, je lui ai proposé de compléter immédiatement un formulaire pour obtenir un nouveau passeport et de me rédiger une lettre qui explique mes démarches et les délais attendus pour obtenir le tout. Après quelques instants dans son bureau, je lui ai finalement proposé de rédiger la lettre moi-même pour qu'il puisse ensuite l'imprimer sur du papier officiel avant d'y apposer sa signature.

 
C'est à ce moment que le canadien responsable depuis 3 ans du consulat au Népal fait son entrée. Je lui serre la main et lui partage mon histoire. Il a par la suite joué un rôle très important pour négocier avec l'ambassade canadienne à New Delhi en Inde qui prendrait ma demande en charge, le fait que je ne serai pas tenu d'envoyer mon passeport avec la demande. C'est très important puisque comment me serait-il possible de traverser la frontière sans passeport. Apparemment, c'est un rare cas d'exception... en fait le premier à la connaissance de ce canadien dont l'aide a été extrêmement précieuse.

 
Dès que je sors du consulat, je sonne l'alerte à mon camp de base au Québec. Mon père orchestre les opérations et mon ami Marc-André, que je considère comme un frère, est activement impliqué dans les démarches. Mes sherpas québécois rassemblent finalement l'information et les documents nécessaires de telle sorte que dans un délai de 4 heures, tout est complété!!! Je ne connais pas encore l'issue de toutes ces démarches mais je ne peux exprimer en mots à quel point j'ai apprécié que mon père et mon ami réagissent aussi rapidement pour m'aider à sauver mon expédition.

Qu'est-ce que je retire de cette expérience ?

1- La famille et l'amitié 

Je confirme avoir l'immense privilège d'avoir une famille et des amis présents pour me tendre la main en cas de besoin. Je demande rarement de l'aide mais je peux difficilement exprimer en mots comment j'apprécie de pouvoir compter sur la présence et l'aide de ces personnes magnifiques qui sont tellement importantes dans ma vie.

2- Attention aux détails

Un petit détail peut tellement faire toute la différence du monde... je connaissais cette leçon et ceux qui me connaissent bien savent à quel point je prépare méticuleusement tous les détails avant de partir en expédition en passant par l'entraînement, la nutrition, l'équipement, les médicaments et j'en passe. Ceci étant dit, je crois également qu'on peut appliquer cette leçon dans nos vies personnelles... parfois un simple sourire peut faire une différence, tendre l'oreille à un ami qui en a besoin, aider un proche à déménager... bref des petits détails pour la personne qui pose le geste mais un monde de différence pour la personne qui le reçoit.

3- Des bénéfices inattendus... lorsqu'on regarde avec les bons yeux

- Pemba Nuru Sherpa pourra passer 2 jours et 2 nuits de plus avec sa femme et leurs deux petites filles. Çà c'est vriament super comme bénéfice inattendu et je me réjouis pour eux le plus sincèrement du monde.

- Aussi, je me suis fait un nouveau contact dans une agence de trekking bienétablie (Dawa Sherpa, Asian Trekking)... ce qui est particulièrement intéressant lorsque je reviendrai au Népal dans les prochaines années pour une future expédition. Ils sont vraiment bien organisés et nous parlons le même langage en termes de service à la clientèle, de sécurité, de logistique... et bien sûr ce sont des passionnés de la montagne tout comme moi.

- J'ai pu constater à nouveau que mon approche dans des situations critiques fontionnent bien. Je me donne donc une tappe sur l'épaule (cequi n'est pas toujours facile pour moi).

- J'aurais pas besoin de compléter la paperasse pour obtenir un nouveau passeport à mon retour du Tibet... si j'y vais bien sûr.

Maintenant, il ne me reste plus qu'à attendre le résultat de ma visite à l'ambassade chinoise demain matin. Je garde donc les doigts croisés!!!
2 septembre - À Katmandu, une bénédiction et...

Patrick et moi allons partager notre permis avec 5 autres grimpeurs originaires de la Norvège. Nous les rencontrons pour une première fois dans un contexte assez particulier. En effet, nous les rejoignons devant un monastère bouddhiste à 10 minutes de marche de notre hôtel afin d'obtenir la bénédiction d'un lama très important au Népal selon les dires de Nima. Une cérémonie avec un lama (l'équivalent d'un évêque dans la religion catholique), c'est toujours unmoment bien spécial. Bien que je ne comprenne pas un seul mot, je peux lire sur le visage de mes compagnons sherpas toute l'intensité du moment, le respect et l'admiration à l'endroit du lama et tout le sérieux de cette bénédiction qui nous permettra de nous aventurer sur les flancs de ces montagnes grandioses en toute sécurité. Nima, notre chef d'expédition, est une personne très religieuse tout comme Pemba qui a quitté son monastère dans les montagnes après avoir été moine pendant 5 ans. Il est depuis guide de haute montagne et a réalisé plusieurs ascensions de grande envergure. C'est tout un changement de carrière !!!

Une fois la cérémonie terminée, je me suis rendu avec Patrick et mon sherpa dans un monastère bouddhiste perché dans les hauteurs de Katmandu. Ce fut un moment extraordinaire pour moi qui a pris le temps de méditer avec un moine, discuter avec des artisans locaux, faire tourner les moulins à prière tout autour du temple et bien sûr apprivoiser ma nouvelle passion pour la photographie. D'ailleurs, cette nouvelle passion m'a été suggérée par les montagnes elles-mêmes...je ne suis pas un grand photographe mais j'ai des sujets grandioses à photographier. Apprendre les techniques de base en photographie est devenu un projet personnel pour cette expédition. Après tout, je dois être en mesure de supporter mes dires adéquatement lorsque je mentionne à quel point l'Himalaya offre des paysages majestueux.

... un coup de théâtre

En revenant de la visite du temple, coup de théâtre, Nima m'appelle dans ma chambre pour m'annoncer que nous partirons le 2 septembre à 17h00 plutôt que le 3 septembre à 5h00. Ce changement de plan est occasionné par le fait que les routes seront fermées le 3 septembre en raison d'un jour férié au Népal.

Mon partenaire et moi, nous nous afférons à compléter nos bagages à la hâte afin de respecter l'heure déterminée par Nima. Vers 18h30, je reçois un appel de Nima... OUCH!!!! Voilà la réaction que j'ai eu après avoir reçu l'équivalent d'un coup de pelle entre les deux yeux!!!

Nima venait de m'apprendre que les autorités chinoises refusaient d'émettre mon visa puisque la date d'expiration de mon passeport ne respectait pas les 6 mois demandés. Évidemment, en pensant aux conséquences de quelques jours de délai pour moi qui aspire à grimper 2 montagnes, j'ai vécu une période de découragement et d'inquiétude pendant quelques minutes. J'étais fâché parce que je savais très bien que j'avais complété tous les formulaires et envoyé une photocopie de mon passeport à Nima 3-4 mois avant mon arrivée au Népal. Nima a attendu à la dernière minute soit la journée de notre départ avant de présenter toute l'information à l'ambassade chinoise.

Je sais très bien que ces pensées sont contre-productives alors, après quelques minutes de réflexion, la seule chose à faire est de rester calme, penser positif et de focusser sur les solutions possibles. Je pose donc une série de questions à Nima pour identifier les acteurs clés, comprendre les règles à respecter et bien sûr explorer les solutions possibles... bref faire un diagnostic de la situation et déterminer les étapes à suivre pour atteindre le résultat souhaité.

Lorsque je rencontre Nima quelques minutes plus tard, il semble déstabilisé par la situation et me met en contact avec un autre sherpa dont l'anglais est impeccable, thank god!! ... avec quelques contacts utiles et une assurance bien soutenue, thank bddha!!! Nous convenons d'aller au consulat canadien à l'ouverture le lendemain matin et je prends le temps qu'il faut pour souhaiter la meilleure des chances à mon partenaire Patrick et aux 5 norvégiens qui partagent notre permis poue le Cho Oyu.
1er septembre - Mon arrivée à Katmandu:

Après un voyage qui s'est échelonné sur un peu plus de 24 heures avec des escales à Londres et à Bahreïn, je me retrouve en terrain connu à Katmandu au Népal. Nima Gombu Sherpa, le chef de notre expédition, m'a accueilli à l'aéroport avec le traditionnel collier de fleurs. Bien qu'inconfortable après un long voyage en avion et aussi avec une odeur qui laisse à désirer, il n'en reste pas moins que ce collier de fleurs vient coller un immense sourire sur mon visage puisque je sens que Nima me souhaite le plus sincèrement du monde: Bienvenue dans mon pays !

Je me dirige ensuite vers mon hôtel qui s'avère fort modeste selon nos standards occidentaux mais dont le confort est apprécié juste avant une expédition de 2 mois ou les conditions de vie sont parfois extrêmes. J'y retrouve mon partenaire, Patrick Leclerc, arrivé 2 jours plutôt pour visiter Katmandu puisqu'il en est à une première visite. Pour moi, c'est vraiment quelque chose de spécial d'accompagner mon partenaire qui en est à une première expérience dans une expédition de grande envergure. Il a accumulé quelques expériences dans l'ouest canadien et au Pérou...mais l'Himalaya, c'est faire le saut avec le grand club, c'est poser le pied dans le terrain de prédilection des légendes de l'alpinisme avec en tête, Sir Edmund Hilary, premier alpiniste à avoir atteint le sommet de l'Everest, Reynold Mesner, premier humain à avoir atteint le sommet des 14 montagnes dont l'altitude est supérieure à 8 000 mètres et la liste pourrait s'allonger encore davantage.

Patrick et moi, nous réaliserons ensemble l'ascension du Cho Oyu (8 201 mètres). Je poursuivrai ensuite ma route vers le Shishapangma (8 012 mètres) en compagnie de mon sherpa Pemba avec qui j'ai réalisé l'ascension du mont Everest l'an dernier.

Les retrouvailles avec Pemba ont d'ailleurs été un grand moment dans mon expédition qui est encore jeune. Il m'a annoncé avec fierté qu'il était récemment papa de sa deuxième petite fille âgée d'à peine 2 semaines. Ces retrouvailles m'ont rappelé pourquoi j'aime autant le peuple sherpa ! Ce sont des personnes tellement authentiques. Si un jour je suis en mesure de transmettre autant d'illumination avec un seul sourire, je crois que ça confirmera hors de tout doute que j'ai été un sherpa dans une autre vie.
SÉBASTIEN ARRIVE À KATMANDU...

Ma passion pour la haute montagne comporte un lot de moments tout simplement incroyable... que ce soit le privilège de pouvoir apprécier quelques-uns des plus beaux paysages de notre planète, la possibilité de rencontrer des personnes fort intéressantes en provenance d'une multitude de pays et bien sûr la découverte de soi-même par la réalisation de grands défis.

Ma passion a également des impacts sur des personnes qui me sont chères. Avant chaque départ, il y a donc toujours des Au Revoir déchirants...qui se font toujours dans le respect de ce côté aventurier qui m'habite, certains iront jusqu'à dire que c'est mon côté yeti !!! à tous ceux et celles qui liront ceci, je tiens à vous dire que vous faites partie de mes pensées à tous les jours de mon expédition. Merci pour votre magnifique présence dans ma vie, pour toutes les belles choses que vous m'avez dites avant mon départ et bien sûr pour les pensées que vous m'enverrez dans les prochains jours.

9/03/2009

Tibet 2009 - En route pour Cho Oyu et Shishapangma!

L'ascension 2009 - Journal de bord (À venir bientôt!)

Revenez nous voir pour suivre la nouvelle aventure de Sébastien Audy! 

En attendant, vous pouvez consulter les archives de l'ascension Everest 2008.


À bientôt!