10/12/2009

6 octobre - Retour au camp de base du Shishapangma


Il n'y a plus de yak de disponible puisque toutes les équipes retournent vers le camp de base. Je ne m'en fais pas outre mesure et décide de partir avec Pemba avec tout mon équipement. Nous séparerons la charge en deux et franchirons la distance à pied. Ensuite, je prendrai un jeep vers la frontière et un autre vers Katmandu.


Les américains restent derrière et me trouvent un peu intense de m'astreindre à cette tâche alors que je pourrais patienter quelques jours. En fait, mon plan est de prendre quelques jours pour visiter un ami à Dubaï avant de rentrer à Montréal. J'en ai bien besoin après une expédition particulièrement difficile.
5 octobre - Retour au camp de base avancé


Après de longues discussions sur les conditions météo des prochains jours mais aussi sur les conditions de neige particulièrement dangeureuses sur presque toute la montagne, je décide de rebrousser chemin.


Cette saison sur le Shishapangma, 2 grimpeurs seulement ont atteint le sommet. Ces 2 mêmes grimpeurs ont qualifié les conditions de neige de "deadly above camp 2". Je ne sais pas si les changements climatiques ont quelque chose à voir mais la mousson a débuté pratiquement un mois plus tôt qu'à l'habitude.


Le retour au camp de base s'effectue dans des conditions difficiles. La corde fixe est enterrée sous plusieurs centimètres de neige. Je dois donc parcourir de longs segments sans protection en prenant soin de "lire" le glacier pour y repérer les crevasses. Je saute donc par dessus celles que j'arrive à repérer et je reste sur le qui vive pour celles qui pourraient me surprendre.


Finalement, tout se passe bien. Je rentre sain et sauf au camp de base avancé 5 heures plus tard. Je suis une nouvelle fois déçu mais je suis totalement impuissant devant mère nature.
4 octobre - Arrivée au camp 1


La température semble vouloir favoriser l'ascension vers le camp 1 (6 700 mètres). Les paysages sont tout simplement magnifiques. C'est bon de grimper à nouveau. Je me sens tellement dans mon élément sur une montagne, j'adore ce sentiment!


Alors que j'amorce la dernière montée vers le camp 1, la température change très rapidement. En l'espace de quelques minutes, le ciel bleu cède sa place à des vents violents et d'importantes chutes de neige. Les conditions sont tellement extrêmes que les traces ont pratiquement le temps de s'effacer entre mon sherpa qui marche 5 mètres devant. Nous arrivons donc au camp 1 au beau milieu d'une tempête. Les conditions sont tellement extrêmes que nous utiliserons les tentes inoccupées de l'équipe chinoise. Cela nous évitera de monter des tentes dans ces conditions.


Après avoir bu quelques tasses de thé et manger quelque peu, je m'installe dans mon sac de couchage pour la nuit. Avec les vents violents et les avalanches qui résonnent aux alentours, disons qu'il est plutôt difficile de dormir.
3 octobre - Attente au camp de base avancé


Aujourd'hui, j'étais prêt pour débuter l'ascension vers le camp 1 mais j'ai dû attendre encore une journée en raison d'une météo défavorable. En effet, il a neigé toute la journée et de forts vents complétaient le tout. Bref, un cocktail à éviter en haute montagne.
2 octobre - La traditionnelle cérémonie de la Puja


Avant de s'aventurer sur une haute montagne avec des sherpas, il faut bien sûr procéder à la Puja. Cette cérémonie vise à bénir les grimpeurs, les sherpas et l'équipement d'escalade comme les crampons, les harnais et les piolets et bien sûr à demander à la montagne de bien vouloir nous laisser grimper ses flancs en toute sécurité.
1er octobre - Établissement d'une stratégie

Aujourd'hui, je marche pendant 6 heures avec le troupeau de yak qui transporte tout notre équipement jusqu'au camp de base avancé. Après avoir monté le camp, je discute stratégie avec les 2 américains. Personnellement, je pense que nous devons unir nos forces puisque nous avons entendu dire par l'équipe de français qui a échoué dans sa tentative d'atteindre le sommet que les conditions étaient trs difficiles en raison des chutes de neige abondante et des vents violents. En fait, la météo est défavorable depuis plusieurs jours en raison d'un début précoce de la mousson.
30 septembre - En route vers le camp de base du Shishapangma


Après un déjeuner englouti en toute vitesse, nous nous dirigeons vers le camp de base du Shishapangma en jeep. Il nous faut 3 heures pour franchir la distance.


Nous montons le camp et le lendemain, nous nous dirigerons vers le camp de base avancé qui se situe à
5 800 mètres. Je profite de la journée pour faire un peu de lavage.


J'ai également retrouvé mon appétit et je dors tellement bien à une altitude aussi basse. Ça fait du bien ... même si parfois, je vis des séquences d'étourdissement ce qui m'inquiète quelque peu.


Je rencontre également un petit garçon qui, du haut de ses 11 ans, est le fier berger d'un troupeau de chèvres. Vraiment très gentil ce garçon!
29 septembre - Retour à Thingri


Après un trek de 3 heures, j'embarque dans un jeep en direction de Thingri ou je passerai la nuit. Durant le chemin, je fais la rencontre des 2 américains. Ce sont là des grimpeurs très expérimentés! Je crois que nous aurons de bonnes histoires de montagne à se partager.


Lorsque je leur fais part de mon expérience sur le Cho Oyu, ils n'en reviennent pas que j'ai pu monter aussi haut sans acclimatation digne de ce nom. L'un tente de me consoler en me disant qu'il lui a fallu 3 tentatives avant d'atteindre le sommet de l'Everest alors que l'autre tentera pour la 4e fois d'atteindre le sommet du Gasherbrum I au Pakistan. Enfin, je vois pas pourquoi ils tentent de me consoler, je me sens bien avec ma décision! J'apprécie toutefois ce geste délicat de leur part.
27-28 septembre - La poussée sommitale (Détails)


Alors je suis maintenant à l'extérieur de ma tente vers les 22h00 le 27 septembre à attendre que les norvégiens soient finalement prêts à y aller. Des 3, seuls 2 tenteront l'ascension puisqu'il y en a un qui souffre de "Snow blindness".


Nous nous élançons vers le sommet et j'ai retrouvé une certaine vigueur. Les premières heures se passent bien, au point où je commence à me dire que je devrais vérifier le record de l'ascension la plus rapide du Cho Oyu. Nous passons rapidement le camp 3 (7 600 mètres). C'est encourageant de progresser à une vitesse de croisière fort respectable.


Alors que je franchis la barre des 8 000 mètres aux petites heures du matin, je me dis qu'il me reste moins de 200 mètres à parcourir pour atteindre le sommet. Ce serait presque un miracle avec tout ce que j'ai vécu dans le dernier mois. Au moment où ses pensées traversent mon esprit, je ressens soudainement une panoplie de symptômes. Je suis étourdi, complètement déboussolé!! J'ai de la difficulté à maintenir mon équilibre, ma vision est trouble et j'ai mal à la tête. Je suis là, assis dans la neige, et je tente de comprendre ce qui m'arrive. Je revise en vitesse mon livre "Medicine for mountaineering" et je conclus que ça pourrait être des symptômes d'un début d'oedème cérébral. Dans une telle situation, la seule chose à faire, c'est de descendre le plus rapidement possible à une altitude inférieure à 6 000 mètres.


Alors je réfléchis et j'attends dans l'espoir que la situation s'améliore. Je prends un diamox, je bois du thé et j'augmente même le taux d'oxygène. Rien à faire!!! Je me pose alors 2 questions cruciales:

1- Est-ce que j'ai des chances d'atteindre le sommet dans cet état?

Réponse: Probablement!!!


2- Si je poursuis ma route vers le sommet, est-ce que je serai en mesure de redescendre avec tous mes morceaux?

Réponse: Je suis loin d'en être certain!!!


C'est à ce moment que les images se sont défilés à un rythme infernal dans ma tête. J'ai repensé aux promesses faites aux personnes qui me sont chères. J'ai vu les visages souriants de toutes ces personnes que j'aime profondément. Je me suis rappelé à quel point j'aime être dans les montagnes, j'adore l'exaltation que procure l'atteinte d'un haut sommet avec les paysages magnifiques que je peux observer et le sentiment de réalisation que je ressens dans tout mon être ... mais je viens rapidement à la conclusion que j'aime la vie encore plus, que de pouvoir revoir ne serait-ce qu'un seul sourire de mes parents, serrer mes soeurs dans mes bras ainsi que mon amie de coeur, de passer du bon temps avec mes meilleurs amis, regarder un coucher de soleil sur mon quai ou encore d'entendre le rire de mon petit filleul de 3 ans ... un seul de ces moments vaut tous les sommets de la terre.


Les larmes aux yeux, je choisis la vie!!! Mon rêve pourra attendre puisque je suis certain que cette montagne turquoise saura m'attendre encore quelques années. Je jette un coup d'oeil vers le ciel et je souris en regardant les millions d'étoiles!!! Je suis triste de devoir renoncer à mon rêve après toutes ces heures d'entrainement, les milliers de dollars dépensés, les vacances durement accumulées ... mais en même temps je souris parce que je sais que je fais le bon choix, mon coeur prend toute la place et ca fait du bien.


La descente est particulièrement stressante puisque je ne contrôle pas tous mes mouvements. Je m'accroche fermement à mon piolet au cas où je trébuche et que je doive arrêter ma chute. Aux endroits où il y a des cordes fixes, je m'efforce à faire mon noeud « prussik ». J'en profite pour former Nima Gombu qui m'accompagne sur la descente. Comme beaucoup de sherpas, même si Nima a beaucoup d'expérience, disons que les différentes techniques pour faire face à des situations d'urgence sont loin d'être acquises. Mais bon, la descente se passe bien dans les circonstances.


J'atteinds le camp 2 vers les 6h00 et après m'être réchauffé les orteilles pendant quelques minutes, je me dirige seul vers le camp de base. Cette fois, j'ai tout mon équipement sur le dos alors l'effort est beaucoup plus intense même si je me dirige vers le bas de la montagne. Au bout de 2 heures, j'atteinds le camp 1. Je me repose quelques instants, je rassemble mes dernières affaires et je poursuis ma route vers le camp de base.


Je mets 3 heures à franchir le dernier droit. En arrivant au camp de base, je trouve un médecin espagnol qui me confirme mon diagnostic et me rassure en me disant que j'ai pris la bonne décision.


Je retrouve Pemba qui se sent mieux maintenant et qui m'informe que nous avons une opportunité de nous joindre à 2 grimpeurs américains pour l'expédition au Shishapangma (8 012 mètres). En fait, l'entente c'est que nous partagerons les mêmes installations au camp de base. Le seul hic, nous devons partir le lendemain. Je prends donc quelques instants pour m'étirer, faire mes sacs et bien sûr me reposer.
27 septembre - Ascension vers le camp 2 (Détails)


J'appréhende cette journée avec une certaine crainte. Je me joins à 3 grimpeurs norvégiens parfaitement acclimatés alors que je peinais à atteindre 6 700 mètres il y a moins de 48 heures. Je reste toutefois positif et j'ai l'intention de respecter mon rythme.


À ma grande surprise, je me sens fort et j'arrive relativement facilement à suivre le rythme. Toutefois, arrivé vers 7 000 mètres, je me sens faiblir rapidement. Mon rythme cardiaque est très élevé et ce, même au repos.


Alors que nous prenons une pause, 4 sherpas descendent le corps inerte d'un homme de 71 ans décédé la nuit dernière au camp 2. Il est probablement mort d'une crise cardiaque ou d'un anévrisme à ce que j'ai pu comprendre. Disons que c'est pas le meilleur moment du voyage mais en même temps, quelle belle façon de terminer ses jours à 71 ans ... enfin je trouve ça plus intéressant que de mourir à petits feux à écouter la TV dans un foyer pour personnes agées. Disons que ce sont là des images qui resteront gravées dans ma mémoire et qui me font réfléchir à la mort ... et au miracle de la vie!!!


Après cet instant, je poursuis péniblement ma route jusqu'au camp 2. Seulement 5 jours après mon arrivée au camp de base, me voici à 7 200 mètres. Pour moi, c'est presque un miracle. Je ne peux toutefois pas m'empêcher de penser à Pemba qui a dû descendre en direction de Thingri puisque son état s'est détérioré davantage.


Au camp 2, j'arrive difficilement à me remettre!!! Mon pouls au repos est à 140 bpm et le taux d'oxygène dans mon sang varie de 47 à 49 % alors qu'il devrait se situer à 70% à cette altitude. Je passe 2 heures les yeux fermés à prendre de longues respirations et à tenter d'abaisser mon rythme cardiaque. Rien à faire!!! Je parle avec un des sherpas (Nima Gombu) et lui annonce que je souhaite attendre 24 heures avant d'amorcer la longue ascension vers le sommet. Il n'est pas du tout d'accord et tente de me convaincre d'utiliser de l'oxygène. Je refuse une première fois puis une deuxième ... au bout de 30 minutes, Nima revient à la charge et me dit que la poussée sommitale, c'est ce soir ou jamais!!!


Seul dans ma tente, je pense aux personnes qui me sont chères et à qui j'ai promis d'être toujours prudent et de prendre des décisions éclairées dans des circonstances difficiles. J'acquiesce finalement à la suggestion de Nima et j'utiliserai de l'oxygène durant notre ascension vers le sommet ... mais seulement une bouteille!!! Déjà que je dois renoncer à mon rêve de devenir le premier canadien à grimper 2 montagnes de 8 000 mètres sans oxygène, je ne veux tout de même pas imiter ces touristes qui grimpent l'Everest en respirant 7-8 bouteilles d'oxygène.
26 septembre - Journée de repos au camp 1 (Détails)


Aujourd'hui, après une bonne nuit de sommeil, je vais beaucoup mieux. Les 3 norvégiens avec qui je me joindrai pour la poussée sommitale arrivent en après-midi accompagnés de leurs sherpas. Demain, nous nous dirigerons vers le camp 2 (7 200 mètres), en position pour pousser vers le sommet du Cho Oyu.
25 septembre - Journée difficile au camp 1 (Détails)


Après le départ de Patrick vers le camp de base, mon plan est de grimper à mi-chemin vers le camp 2 et revenir au camp 1 pour passer la nuit. Je me rends à 6 700 mètres à peine avant de rebrousser chemin complètement fatigué. Je suis seul et le resterai encore pour les 24 prochaines heures.


À mon retour au camp 1, j'ai un mal de tête incroyable, absolument aucun appétit et je me sens tellement fatigué. J'ai peine à faire fondre de la neige pour m'hydrater ... et cette belle neige fondue permet également de me nourrir avec l'un de ces merveilleux sachets de bouffe déshydratée. Enfin bref, je ne suis pas trop fonctionnel mais je me tire quand même bien d'affaires dans les circonstances. Demain est un autre jour et je suis convaincu que tout ira mieux.
24 septembre - Camp 1 (Détails)


Je mets 4 heures à franchir la distance avec mon sac à dos bien rempli. C'est le temps que les grimpeurs bien acclimatés mettent à franchir la distance alors je me dis que c'est un bon signe. En arrivant au camp, je m'assure de préparer l'arrivée de Patrick qui a poussé vers le sommet durant la nuit. Il passera la nuit au camp 1 avant de se diriger au camp de base le lendemain. Même si je suis épuisé, je nivelle la tente avec l'énergie qui me reste et surtout, je fais fondre de la neige pour que Pat et son sherpa puissent s'hydrater.


À son arrivée au camp, je trouve que Pat a l'air en forme pour quelqu'un qui a atteint le sommet il y a quelques heures à peine. Comme j'ai passé 3 semaines à Katmandu pendant qu'il s'acclimatait, nous avons évidemment des milliers de choses à nous dire. Nous vivons 2 voyages complètement differents!! Et je dois avouer que les quelques heures que nous avons passées ensemble me font réaliser à quel point j'aurais apprecié passer les 3 dernières semaines avec lui sur cette montagne magnifique. Enfin, ce sera pour une prochaine fois. Je suis toutefois heureux de le voir pour célébrer son succès!! Pour quelqu'un qui avait monté à 6 000 mètres, la marche était haute et il l'a brillamment montée. Je suis vraiment fier!
23 septembre - Journée de repos au camp de base (Détails)


Aujoud'hui, j'attends les yaks et Pemba. A son arrivée, il ne se sent pas bien. Maux de tête, difficulté à
respirer même au repos ... bref ça ne regarde pas bien du tout. Je prends la décision de grimper au camp 1 seul le lendemain afin que Pemba puisse récupérer.


Comme j'ai l'intention de grimper le Cho Oyu en "Alpine style", je prépare mon sac à dos pour la poussée sommitale..


En soirée, j'utilise mon orditateur pour visionner un film. Tous les membres de l'équipe sont invités à cette soirée cinéma, la dernière gâterie avant de me mettre sérieusement au boulot le lendemain. Le plus dur est devant moi!!!
22 septembre - Camp de base du Cho Oyu (Détails)


Après 90 minutes de jeep, j'arrive au Chinese base camp. Il n'y a plus de yak et de porteurs pour transporter l'équipement et les provisions. Ça devient de plus en plus emmerdant toutes ces embûches ... qu'à cela ne tienne, je laisse Pemba attendre les yaks et je me dirige seul vers le camp de base avec le minimum d'équipement, de vêtements et de provision dont j'aurai besoin pour les 2-3 prochains jours.


Je mets environ 4 heures à franchir la distance et jusqu'ici, je me croise les doigts, mon corps réagit bien à cette ascension fulgurante. J'apprécie ce trek à sa juste mesure puisque j'ai des points de vue absolument fantastiques sur la face nord de l'Everest. J'ai dû prendre une bonne vingtaine de photos.


Quand j'y repense, il y a 33 heures exactement, je quittais Katmandu (environ 1 500 mètres). Me voici maintenant à 5 700 mètres sans aucune difficulté ... physique bien sûr parce que pour ce qui est du reste, disons que j'ai eu ma dose de difficultés à surmonter !!!
21 septembre - En route vers le camp de base du Cho Oyu (Détails)


L'heure du départ a sonné! Il est 5h00 et je me dirige vers la frontière entre le Tibet et le Népal. Je souhaite arriver dès l'ouverture pour éviter tout délai additionnel. Les 4 heures de route se passent sans trop d'embûches. Après tout, j'ai l'habitude des routes douteuses du Népal.


Le passage de la frontière a toutefois été particulièrement douloureux. Pas moins de 6 personnes ont dû regarder mon passeport et lire la lettre de l'ambassade de Chine à Katmandu. Tous mes effets personnels ont été scrupuleusement vérifiés par des agents de la douane ce qui inclut toutes les photos prises jusqu'ici avec mon appareil et bien sûr tous les livres que je transportais ainsi que mon ordinateur.


Au bout d'une heure, je passe de l'autre côté de la frontière avec quelques sueurs froides qui ruissellent encore sur mon front. J'embarque dans un jeep en direction de Thingri, un petit village ou je passerai la nuit. Les 4-5 heures de route se passent bien mise à part que nous devons faire une pause de 30 min vers les 5000 mètres d'altitude parce que le chauffeur a un mal de tête. Je suis conscient de ce que je suis en train de tenter, c'est-à-dire l'impossible mission de grimper un 8000 mètres en moins d'une semaine, mais je suis tout de même surpris de voir le chauffeur avec un mal de tête puisque dans mon esprit il est déjà acclimaté.


Enfin, nous arrivons à Thingri en fin d'après-midi ce qui nous laisse suffisamment de temps pour acheter des légumes et des pièces de viande qui sèchent au soleil sur le bord de la route. J'enregistre dans ma tête de ne pas manger de viandes durant l'expédition ... j'ai pris des photos de la scène pour que vous puissiez me croire.


En passant, les Chinois ont construit une route assez impressionnante en territoire tibétain. Ils ont bien compris le concept de garde-fou ... il y en a pratiquement tout le long de la route à flanc de montagne. C'est agréable de rouler en sécurité mais en même temps, j'ai un pincement au coeur puisque je constate de mes yeux l'assimilation de la culture tibétaine. Moi qui pensais vivre un extrait de la culture traditionnelle tibétaine digne du film 7 ans au Tibet, je pense que je vais oublier ça.

10/01/2009

21-28 septembre - Ascension du Cho Oyu (Sommaire)

Salut tout le monde ! J'ai monté et descendu le mont Cho Oyu en l'espace de 7 jours. Je suis parti de Katmandu à 1500 mètres. Je suis monté jusqu'à 200 mètres du sommet. J'ai malheureusement frappé un mur, ma génétique m'a lâchée à partir de ce moment là. J'avais de la misère à marcher, je perdais mon équilibre et tous les symptômes étaient présents pour avoir un début d'oedème cérébral. Étant donné que je sais tout ce que cela implique, je fais ni un ni deux et je choisis la vie plutôt que le sommet et je rebrousse donc chemin à 200 mètres seulement du sommet et de réaliser pratiquement un exploit surhumain. Je vais beaucoup mieux et maintenant je me dirige vers le Shishapangma.


Pour le Cho Oyu, tout a quand même super bien été, Pemba Sherpa n'a pas été capable de pousuivre l'ascension. On est arrivé au camp de base, il avait des maux de tête et des difficultés respiratoires. On était monté trop vite alors j'ai continué l'expédition tout seul. J'ai passé 3 jours au camp 1, tout seul à me faire de la bouffe, à faire fondre de la neige et vivre toutes sortes de moments intenses. Finalement, quand je suis monté au camp 2, qui est à 7 200 mètres, ma pulsation cardiaque au repos était de 140 b/min et mon taux d'oxygène dans le sang était entre 47 et 49. Je voulais attendre 24 heures mais en raison du mauvais temps des 10 prochains jours, mon nouveau sherpa m'a proposé d'utiliser de l'oxygène, ce que j'ai fait à un niveau minimal pour le « summit push », tout allait super bien, mais quand je suis arrivé à 200 mètres du sommet. PAF ! J'ai reçu comme un coup de pelle entre les 2 yeux... ébranlé et alors j'ai été placé face à une situation où j'ai dû choisir...


Oui j'aurais pu continuer vers le sommet, probablement que je l'aurais atteint, mais je me posais la question est-ce que je reviens en vie premièrement et si je reviens en vie, dans quel état ? Je ne pouvais vraiment pas être certain de la réponse; alors j'ai choisi de revenir à la maison vivant avec tous mes morceaux en me disant que même si j'étais à 200 mètres du sommet, avec tous les efforts que j'ai fournis malgré les 3 semaines d'acclimatation que j'ai manquées, je me sens totalement confortable avec cette décision.


Je pars donc avec l'esprit en paix à l'assaut du Shishapangma le 1er octobre et je donnerai des nouvelles dans 10 jours afin de poursuivre le descriptif de cette aventure. À très bientôt !